Des bidonvilles aux portes de Paris ...

Publié le par Mme Roycourt



Photo des bidonvilles de Nanterre prise par Jean Pottier en 1955
(voir d'autres photos sur son site)

La France des années 1950, qui sort de la Deuxième Guerre Mondiale (1939-1945), doit se reconstruire et se repeupler. Or beaucoup d'hommes sont morts à la guerre. Il faut les remplacer. Le gouvernement français a alors favorisé l'immigration des Portugais, des Espagnols, des Italiens et des Maghrébins afin de fournir une main d'œuvre bon marché à l'industrie du bâtiment et à celle de de l'automobile. Ce flot de migrants venant s'ajouter à une population en mal de logement, du fait de la destruction de certaines cités et du niveau de pauvreté, n'a eu d'autre solution que de s'installer dans des baraquements en périphérie des grandes villes. Les bidonvilles représentaient une solution de fortune, illégale mais tolérée. Des agglomérations de baraques, dans lesquelles les conditions de vie étaient particulièrement difficiles, venaient ainsi s'ajouter aux quartiers auto-construits de l'entre-deux-guerres.


Parmi tous les bidonvilles, ceux de Nanterre et de Noisy-le-Grand furent les plus célèbres en périphérie de Paris. Celui de Nanterre, à une demi-heure de Paris s'est développé dans un quartier de baraques occupées par des de familles de chiffonniers parisiens depuis le début du siècle. A l'emplacement actuel de la faculté, se trouvait le bidonville de la Folie sur un terrain vague de 21 hectares.


Sans eau courante, lieu de descentes de polices régulières et brutales, d'incendies, d'infestation de rats, le bidonville est fait de baraques en tôle et bois. Les rues sont étroites, la pluie les transforme en bourbier.


"Des milliers de tôles enchevêtrées se mêlent à des briques cassées : La Folie. Des moutons broutent l'herbe alentour. Gravats et vieilles ferrailles traînent aux abords de cette étrange cité, reliquats des déchets déversés ici par des entreprises : une décharge publique ! Je contourne le bidonville. Je n'ose y pénétrer. Je suis une intruse. Par une sorte de boyau, je me faufile à l'intérieur de cette agglomération en papier goudronné et cartons aplatis, bouts de bois vermoulus et tôles rouillées. Situées derrière le palais de La Défense en construction luisant de blancheur, les baraques s'agrippent les unes aux autres dans un décor de débris de matériaux usés. Les chemins sont vides. Tout semble inerte. " Monique Hervo, La Folie, 1959

Insalubre et dangereux pour la santé, le bidonville marque négativement ses habitants. L'adresse en bidonville, reconnue valable pour certains documents et l'obtention de certains droits, ne l'est plus pour d'autres. Sur la carte de séjour et de travail, les préfectures indiquaient "absence de domiciliation", les autorités ne délivraient pas de certificat de domicile, indispensable aux familles se rendant en Algérie pour pouvoir rentrer en France ensuite, aux habitants des bidonvilles.

                                           Bidonville de Nanterre en 1964

La loi Debré dont l'objet était l'éradication des bidonvilles est votée le 14 décembre 1964. Mais la plupart du temps après la destruction d'un bidonville, les familles n'avaient pas d'autre ressource que d'aller s'installer dans d'autres taudis.


En 1966 une enquête officielle nationale donne les résultats suivants : Paris et sa banlieue avec 119 bidonvilles regroupe environ 4100 familles et 47000 personnes. Huit communes hébergent à elles seules les deux tiers de la population des bidonvilles : Champigny-sur-Marne, Nanterre, Saint-Denis, La Courneuve, Gennevilliers, Massy. L'enquête montre que les bidonvilles rassemblent majoritairement mais non exclusivement des habitants de nationalité étrangère : 42% de Maghrébins, 21% de Portugais, 6% d'Espagnols et 20% de Français parmi lesquels beaucoup habitent l'îlot de Noisy-le-grand (composé à 80% de Français).

Ce n'est qu'en 1970 que le gouvernement se décida a prendre des mesures concrètes.
Jacques Chaban Delmas après une visite du bidonville d'Aubervilliers déclare : "J'ai pu constater des conditions d'existence insupportables et pourtant elles sont supportées par ceux qui les subissent (...),J'ai vu un bidonville le long d'un canal, à un endroit appelé "le chemin de halage": dans la boue, avec les bruits incessants des pelles mécaniques qui creusent, des camions qui vont et viennent, en bref, un genre "Quai des brumes" mais sans Michèle Morgan... Il y avait là des centaines de familles : les hommes étaient au travail, il restait les femmes avec une multitude d'enfants (...). Il y avait longtemps que je n'avais pas vu un pareil spectacle".

Se mit alors en place une politique réelle resorbtion des bidonvilles.
Les familles furent relogés en Cités de transit, conçues, au départ, comme une étape durant laquelle les familles sont accompagnées par une équipe socio-éducative qui cherche à favoriser leur "promotion" sociale, ce n'est, en fait, qu'en 1985, que disparait la dernière cité de transit.




Visite de l'abbé Pierre au bidonville de Nanterre en 1954 (au centre des 3 hommes avec la barbe).
Il créera ensuite Emmaüs pour lutter contre la pauvreté.
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T
<br /> Je me souviens, j'habitais juste en face. Mes parents n'étaient pas plus riches, mais on avait la chance d'habiter un vrai logement, rue Chevreul, juste en face. La plupart de mes amies de classe,<br /> surtout deux, Fatma et Zora, habitaient ces bidonvilles. J'avais 9 ans, quand une nuit, blottie dans les bras de mon père, j'ai vu les bidonvilles brûler, j'ai eu très peur ! il y avait des cris,<br /> des pleurs d'enfants, les pompiers, des gens qui couraient ... C'était la France de mon enfance, une honte ...<br /> <br /> <br />
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